samedi 22 octobre 2016

Empty veins and my plastic broken crown




Les veilles de grands jours, impossible de trouver le sommeil.
Ca a toujours été.
Petite, mes parents n'avaient aucune pitié et me forçaient à éteindre quand même la lumière.
Alors, pour me tenir compagnie, je parlais à voix haute.
Je me souviens de cette veille de rentrée au collège où j'ai chanté toutes les chansons que je connaissais.
Oui, ça a duré longtemps.
Mais j'ai toujours eu peur du noir, des terreurs nocturnes et des insomnies. Il fallait au moins ça

Les veilles de grands jours, c'est pratique pour faire le point. Un bilan. 
Quand on a toujours eu des tendances suicidaires, comme moi, c'est un mauvais moment à passer.
Ce qui empêche de passer à l'acte, souvent, ce sont des raisons de vivre. Un bilan, quand il est négatif, ou vide, peut faire beaucoup de mal.
Et oui, au jour d'aujourd'hui, je n'ai plus vraiment de but à mon existence.

Pendant longtemps j'ai cherché l'amour, un quelconque amour.
Le dernier à m'avoir brisé le coeur a manifestement fait un assez bon travail pour que je n'ai plus aucune aspiration en ce sens désormais. 

Si j'ai pris mon propre chat, c'était pour me retenir un peu plus sur Terre aussi. M'ancrer.
Ca va faire deux mois qu'il n'est plus là. Ma réaction a été d'en reprendre un, le plus vite possible.
Peut-être que ça aurait suffi. Si toute ma vie n'avait pas continué de s'écrouler pendant ce temps là.
Mes dernières certitudes, mes derniers remparts.

En tant qu'INFJ, j'aime de manière incommensurable, mais en tant que personne fragile, je réserve cet amour aux Happy Few. 
J'en avais deux, jusqu'à il y a peu.

Je n'ai pas de famille à proprement parler. Ils sont très peu intéressés par qui je suis vraiment. Ne comprennent ni mon humour, ni mon mode de vie, même s'ils essayent désespérément de me rattacher au leur. Il y a 3 semaines ils ont réalisé que ce n'est pas parce que je ne leur présentais personne, que je ne fréquentais personne. Un grand pas pour l'Humanité.

Mes lestes sur Terre sont si légers que je me sens m'envoler sans même le décider vraiment. 

Comme toute bonne personne persécutée par elle-même, j'ai été injuste. Injuste envers les quelques qui me maintiennent tant bien que mal parmi eux. Avec bienveillance, acceptation et - oui - amour.

J'ai rarement vu autant d'amour dans les yeux de mes amies que ces deux mois. J'aurais presque pu le toucher. 

Il faut dire que je suis connue comme la fille qui n'a "vraiment pas de chance", maintenant. Et que, pour beaucoup, je me résume à ça. Alors au moins, je peux m'enrouler dans des kilomètres de pitié. 
Mais il y a l'amour sincère de quelques unes, pour entretenir l'espoir. 

Quelques unes qui ont mal pris mes diatribes avinées d'il y a quelques années, clamant à qui voulait l'entendre (et aux autres) que de toute façon "j'ai pas d'amis".

Le fait est que si, j'ai des amies fabuleuses. Certes je les vois peu. Certes elles ont leurs vies, et je ne suis qu'une vignette, un détail, voire une exception dans leurs existences. Mais elles sont là.

Parfois je prends le temps d'observer les gens que je réunis, tous les mois, dans mon ciné club très très privé - oui, celui-là même où toi tu n'es pas invité, fais pas la gueule, les places sont très limitées, et le guacamole aussi. 
Je me demande alors quels sont leurs liens. 
Car je suis leur "dénominateur commun", toutes ou presque ne se seraient jamais connues sans moi. (10 points for Slytherin!)
En vrai, leur dénominateur commun, c'est d'être les personnes les plus ouvertes, bienveillantes et aimantes que j'ai pu rencontrer. 
Et ma chance ultime, c'est d'avoir pu, tant bien que mal, les retenir, et les forcer à partager au moins un dimanche soir par mois avec moi. 

Souvent, presque tout le temps, quand j'en ai besoin, elles sont là.
Je le formule rarement comme "aujourd'hui j'ai spécialement envie d'en finir, on va manger des trucs gras à la place ?", mais c'est ce que ça veut dire. 

Une d'entre elles a réalisé ça très récemment et a eu la réaction commune : "mais comment peux-tu envisager cette idée alors qu'on est là ?"
C'est tout une pédagogie que de leur expliquer que je suis malade et qu'elles ne sont pas le médicament, seulement les painkillers. 

Ce doit être super lourd pour elles, de porter mon fardeau. Car je suis presque sûre que rien n'est formulé aussi clairement qu'un tour de garde de la patiente Johnson. Que "cette fois c'est à toid'aller lui enlever tout objet coupant des mains".

Alors j'essaye tant bien que mal de dire merci en non-verbal. En organisant des fêtes. En faisant des cadeaux. En créant des occasions. En rendant des services. En étant là, à mon tour.

Je me souviens très bien de mon dernier - et ultime, il semblerait - brisage de coeur d'il y a quasi deux ans. Les jours d'après, il y avait un cubi de vin rouge, mon canapé déplié, et une loque ignoble aux cheveux perpendiculaires au crâne et à l'hygiène déplorable.
Il y avait, aussi, un défilé presque ininterrompu de ces anges là. 

Les veilles de grands jours, j'essaye de penser à autre chose que mon absence de famille stable et aimante et dévouée et inconditionnelle, j'essaye de ne pas penser au fait que j'ai essayé, fort et souvent, de créer une connexion avec un garçon, et que ça s'est traduit en coups dans la gueule, au propre comme au figuré, j'essaye de ne pas penser à l'injustice totale qui a récompensé mes faits de gloire carrieraux jusqu'ici. A l'énergie, toute cette énergie, perdue pour des gens qui n'en valaient pas la même. 

Ou qui en valaient la peine, mais n'ont jamais daigné me considérer comme leur égale. 
Car oui, c'est le dealbreaker boss de fin, que de me m'appuyer la tête sous l'eau en me faisant comprendre, volontairement ou non, que vous me considérez inférieure à vous. 

Demain, j'ai un nouveau chat. Un chat pas mort.
Un chat plein de classe et d'envie d'en découdre.
J'ai hâte qu'il m'apprenne à me battre. Tous mes espoirs, ou presque, reposent sur lui.

Sur elle.

Car, en cette veille de grand jour, j'ai enfin compris que les plus belles météores de ma vie sont de sexe féminin. 
Et que Girl Power n'est pas une requête, mais un putain de fait. 


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